mardi 16 septembre 2008

Christophe Colomb, portugais? Est-ce important?


Lundi, nous sortons du cinéma avec Maria et Rodolphe. Une petite salle du côté de Bastille a diffusé " Christophe Colomb, une énigme " de Manoel de Oliveira. Le titre du film fait penser à un documentaire historique. Colomb est un débat vraisemblablement important pour les Portugais qui tentent à coups de recherches historiques de s'approprier la parternité du célèbre "découvreur" de l'Amérique.
Le débat s'engage avec Maria. Chacun sa lecture subjective du film. Maria juge importante l'idée de savoir que Christophe Colomb est peut-être portugais. Ce serait un changement dans la lecture de l'histoire du Portugal.
Je pense que non.
Durant la séance, je trépigne, sereinement, mais je trépigne. Oliveira fait-il partie de ceux qui trouvent cette donnée qui secoue le Portugal importante? Cela restera une énigme.

Après la séance et la discussion, je jubile et je fais le même constat amer.
Je jubile de savoir qu'un cinéaste presque centenaire s'amuse à utiliser un débat "primordial" pour ses pairs pour parler de lui, de l'énigme de l'amour, et de son amour pour le cinéma. Cet amant que sa femme "accepte" depuis plus de 40 ans. Au fond qu'importe que Colomb soit portugais... C'est ma lecture personnelle du film, poussé par le doute que Oliveira laisse planer. Il laisse ainsi ouverte la porte à toutes les interprétations sur l'éventuelle ascendance portugaise de Christophe Colomb. Puisqu'Oliveira me le permet, je crois (j'ose espérer) qu'il se joue de cette fierté exacerbée qu'ont les Portugais pour leur pays. Un pays qui encore aujourd'hui pour des raisons purement publicitéro-footballistiques (donc aussi économiques) joue sur le sentiment d'appartenance forte à une nation. Un pays qui encore aujourd'hui préfère se tourner vers son histoire ancienne, idéalisée, mythifiée, plutôt que de tirer les leçons de son passé dictatorial tout proche.
Et puis je fais le même constat amer. Plus je rencontre mes pairs fils d'immigrés ou immigrés portugais (je suis fils d'immigrés portugais, portugais et français), plus je me désole de voir à quel point les fameux "luso-descendants" sont pris dans les filets de leur histoire ancienne. Ce mythe d'un passé glorieux, où le Portugal, ce petit pays à la pointe occidentale de l'Europe, était grand. Ils continuent ainsi à nourrir un mythe, qui a pris une forme particulière que l'on appelle saudade que les immigrés portugais trimballent derrière eux. On peut se dire que c'est un fardeau assez lourd à porter, mais je ne connais que les Portugais pour réussir à transformer cet héritage, plutôt triste, en bouée de sauvetage dans le flot des allées et venues entre leur pays natal et leurs pays d'émigration.
Je ne suis pas luso-descendant. Je suis fils d'immigrés. Je me sens immigré. Juste parce cet immigration même si je ne l'ai pas vécu, je la porte en moi. Voilà l'héritage avec lequel je me débats tous les jours. Mes parents ont migré. Mes parents ne m'ont jamais vanté les splendeurs du Portugal des découvertes. Parce qu'ils ne sont pas allés à l'école ou si peu. Parce qu'ils ne savaient peut-être pas. Alors oui, je me fous de savoir si Christophe Colomb était portugais ou non. Car ce qui m'importe au fond ce n'est pas de mettre en valeur les splendeurs passées de mon pays, mais de mettre en exergue les raisons pour lesquelles mes parents sont partis du Portugal. Ils en sont partis non pas parce qu'ils avaient une âme colombesque, une âme de descobridor (comme les mythes portugais pourraient nous le faire croire) mais parce qu'ils avaient bêtement besoin d'argent pour payer une putain de maison qu'ils avaient fait construire.

Alors oui, Maria, le fait de savoir si Colomb est portugais ou non, me laisse froid. Cela ne changera pas la face du monde, en tout cas pour moi.

= la morue barbue =

2 commentaires:

Lucia Mel a dit…

oh que cela m'amuse ce dialogue, par blogs interposés... et bravo pour le nom du tien ! Oui, vois-tu, nos deux "grands hommes", Oliveira et Saramago, n'ont pas forcément la même vision du monde, ni le même engagement. L'un est plus imprégné de poésie, d'esthétique, et sans doute sensible à ce passé lusitanien, dont l'autre s'est exilé, révolté par le conservatisme de ses compatriotes.

Lucia Maria

la morue barbue aka arlindo constantino a dit…

Oui, un dialogue passionné, mais raisonnable.
Oui, tu as raison. L'un est resté au Portugal. L'autre en est parti. Je me sens plus proche du second.